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Bideaux, Ernest (1835-1858)
Collection of Letters from Ernest Bideaux, French Naval Officer, to his mother, while serving as Enseigne aboard the French Gunboat, La Mitraille, in China during the Second Opium War, 1857-1858, Bideaux was Killed in Action During the Attack on the Pei-Ho Forts, in May 1858

14 letters, 64 pages, by Ernest Bideaux to his mother and family, plus – several additional letters and manuscripts pertaining to Ernest Bideaux including: letters written by his commanding officers after Bideaux’s death, and letters by his mother and siblings, 5 letters, 13 pages, plus 8 related manuscripts, totaling 11 pages, in very good, clean and legible condition.

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Ernest Bideaux was born in Vannes, Brittany, France, May 6th, 1835. He joined the French Navy in 1851. Between 1854 and 1856 he served in various campaigns against Russia in the Crimean War, Bomarsund, Sebastopol, Kinburn. Promoted Apsirant 1ère classe (Midshipman 1st Class) 1855. On January 19th 1857 he was assigned to the ship la Durance, bound for China. Promoted Enseigne de Vaisseau (Sublieutenant) March 1857. On July 15, 1857, he was assigned to the gunboat, la Mitraille, and sailed for Canton. He took part in the siege of Canton and its subsequent occupation. Bideaux was killed in action May 20, 1858, during the attack on the Pei-Ho Forts.

Bideaux was a very capable, well liked young officer. His commanding officers recognized his capacity and he was often singled out for special services or other opportunities. Early in the correspondence, Bideaux writes his mother describing a dinner in Macao he was invited to attend where the guests included Admiral Charles Rigault de Genouilly, James Bruce, Earl of Elgin, and others, these were the principal Allied figures in the Opium War. His letters describe the events and actions in which he took part. Bideaux’s letters are not limited to descriptions of shipboard activities Bideaux was selected to lead a platoon of French Marines ashore in the Anglo – French assault of Canton. He remained ashore after the capture of the city, leading patrols and guarding the French portion of the city. He was appointed a commissioner of police in the French controlled areas. Bideaux lived in Canton while ashore among the Chinese, with Chinese servants and his letters provide descriptions of China and his impressions of the country and its people.

          The Second Opium War was a conflict which pitted the British Empire and the Second French Empire against the Qing Dynasty of China and which lasted from 1856-1860. The conflict grew out of unresolved and continuing trade differences between China and Britain, France and the United States arising from the First Opium War, 1839-1842. British antagonism of Chinese officials within treaty ports continued to escalate in the years following the end of the First Opium War throughout the late 1840s. During the height of the Taiping Rebellion (1850-1864) the British chose to make the legalistic decision to incorporate the most favored nation clause within the American Treaty of Whangia, 1844, the clause demanded that the treaty be negotiated after 12 years of implementation. The main British strategic objectives were the legalization of the opium trade, expanding coolie trade, opening of all of China to British merchants, and the exemption of foreign imports from internal transit duties.

A series of trade disputes and the attempted poisoning of the British Superintendent of Trade, Sir John Bowring, in Hong Kong, in 1856 precipitated British actions against China. Although the British forces were delayed by the Indian Mutiny of 1857 a combined Anglo-French force attacked and occupied Canton and Guangzhou province in late 1857. The British Naval force was commanded by Admiral Sir Michael Seymour, the British army led by Lord Elgin and the French army by Baron Gros. Yeh Mingchen the governor of Guangdong and Guangxi provinces was captured, and Bo-gui, the governor of Guangdong surrendered. A joint committee of the Alliance was formed, the British-French Alliance maintained control of Guangzhou for nearly four years. Yeh Mingchen was exiled to Calcutta, India, where he starved himself to death.

The coalition then cruised north to capture the Taku Forts near Tianjin in May, 1858. In June of 1858 the first part of the war ended with the four Treaties of Tientsin, to which Britain, France, Russia, and the United States were parties. These treaties opened eleven more ports to Western trade as well as the establishment of diplomatic legations in Peking, the right of foreigners to travel in the Chinese interior, and navigation rights on the Yangtze River as well as compensation for the war.

The war continued for some two more years with increasing hostility and ferocity on both sides. Alliance Forces eventually entered and occupied Peking in 1860.

Later in 1858, the French vessels mentioned in these letters, left China and sailed to present day Vietnam and engaged in the Cochinchina Campaign during which France seized control of the country. This was the beginning of over a century of French colonial involvement in Vietnam which was a precursor to the later involvement of the United States. Bideaux, if he had lived, would have taken part in this campaign as well.

Sample Quotations from the Letters

“Canonnière la Mitraille, 1 le Novembre, 1857 (Aboard gunboat la Mitraille on the way to Canton – War against China is  declared)

Chère mère, pour rectifier toutes les difficultés du paiement de ma delegation, je l’ai fait faire en ton nom, mais l’avis me peux arriver en France que par les navires marchands français, il partira par le premier qui partira de Chine mais quand arrivera-t-il en France? Enfin, chère mère, tu peux compter sur les 75 francs par mois à partir du mois de Septembre 1857. Inclusivement, tu sais, je te l’ai dit dans ma dernière lettre, que la moitié de cette somme est à toi de droit, et que la seconde tu pourras puiser à volonté tandis que la première tu es forcée de la garder. Une fois que l’avis officiel sera arrivé en France, tu seras payé régulièrement, mais quand arrivera-t-il? Je n’en sais malheuresement rien.

La guerre de Chine est définitivement à l’ordre du jour. Nous allions nos petites force aux anglais qui sont déjà dans la riviere et au commencement du mois prochain, nous ouvrirons le feu contre les Chinois. La compagnie de débarquement de l’escadre et les companies d’infanterie de marine son ten tout 1000 francais. Un batterie de 16 obusiers de montagne se joint à l’armée de terre anglaise. Tu sais déjà que je fais partie de ce corps de débarquement, sit u ne le sais pas, tu I’apprendras sans doute avec plaisir. Du reste, restant à bord, j’aurai eu aussi un joli rôle car ce sont les cannonières qui auront le côté brilliant de l’affaire. Dans ce moment, nouse n’avons aucun détail. Prendre Canton est je cois le point important. Ma première lettre nous donnera plus de détails car nous serons probablement entrés en rivière, sans toutefois avoir commencer les hostilitiés. Je vais m’entrainer à la guerre à terre. Je n’avais tâté que légèrement de cette guerre-là. Ce n’est pas seulement de l’artillerie, je suis soldat pour le moment, je commande le 1er peloton du 2ème bataillon (marins et soldats francais). Nous sommes dix enseignes de vaisseau. Dans ces conditions, nos postes sont désirés par tous les autres. Nous nous sommes exercés tous les jours depuis 2 mois pendant 5 heures chaque matin aux écoles de bataillon et de tirailleurs, nous avons obtenus un assez bon résultat. Les matelots vont bien.

Je voudrais bien que le théâtre de  la guerre fut plus rapproché de la France car vous auriez promptement de mes nouvelles, mais nous avons pendant cinq mos encore, la mousson de Nord-Est de la mer de Chine et de celles des Indes qui nous est favorable, et qui vous apportera mes lettres en 40 ou 45 jours. C’est beau!

Comptez sur une exactitude extrême de ma part, tu sais que c’est toujours mon habitude et sit u ne recois pas de lettres, ne met pas cela sur le compte de ma paresse, mais sur le manqué d’occasion ou de temps, et si par Malheur une maladie m’empêchait de t’ecire, sois convaincue que je te ferai écrire ma position immédiatement par un de mes amis. En attendant je vous embrasse tout comme je vous aime. Ernest. Bonsoir, j’vais me coucher.”

“A bord de la Mitraille 24 Novembre 1857 (aboard gunboat La Mitraille – Macau, dinner with Admiral Charles Rigault de Genouilly, James Bruce, Earl of Elgin, etc.)

Je m’empresse de t’ecrire ces quelques mots car depuis la réception de ma derniere lettre vous devez me croire au milieu des combats. Au lieu de cela je me trouve arrive devant Macao fort paisiblement. Dans 5 jours nous quittons ce mouillage pour remonter la rivière de Canton, ou les hostilitiés ne commencement pas de suite.

Macao est une ville appurtenant aux portugais mais il y a 1000 portugais sur 79000 chinois. Nous avons parcouru dans tous les sens le quartier chinois de Macao. C’est vraiment joli à voir un fois mais on est bien vite fatigué, il y a le théâtre chinois de la contenance de 3000 personnes. Entièrement construit en bambous ce théâtre joue constament, c’est-à-dire 24 heures durant. La toile ne baisse pas, les acteurs jouent et c’est tout. Ce sont des combats, des bêtises qui se disent et se font au son du tamtam, c’est un exercice à démonter les oreiiles les mieux conditionees, tu connais qu’au bout d’une demi-heure, on en a assez, j’ai été le voir le jour et le soir, c’est le soir que c’est le miuex, lorsque la sale est illuminée par une immense quantité de lanterns chinoises. L’aspect de cette sale remplie de têtes rasées, les cris, les disputes, les applaudissements, le tamtam et les pétards forment un tout superbe. On y vend des sucreries dans nos théâtres mais quelle sucrerie!

Je vous apprendrai mes bons amis avec Plaisir que j’ai reçu des forts jolis compliments de l’amiral. C’etait à terre, aux manoeuvres de bataillon lors du défilé, il m’interpella, et me fit à la tete de mon peloton les compliments les plus flatteurs. Puis lorsque l’on fit romper les rangs, il me fit rappeler, me renouvela ce qu’il avait dit, me dit qu’il se souviendrait, et termina par une invitation à diner pour le soir même ou je trouvais à table Lord Elgin, ambassadeur d’Angleterre et sa suite Mr. XXX ambassadeur russe et notre ambassadeur, Baron Gros et quleques attachés. Je me trouvé plongé dans la diplomatie jusqu’au cou. Le diner dura longtemps et fut fort gai. Je ne sais pas s’il se souviendra comme il dit, mais ce fut  moi seul qu’il fit des compliments ce jour-là. L’Amiral à la main haute, Diue veuille qu’à l’occasion il se souvienne de cette bagatelle.

Adieu mes bons amis, ma prochaine lettre nous dira sans soute comme celle-ci que la guerre n’est pas commencée. Nos lettres sont à bord de l’amiral, le courrier de l’Inde est arrivé, mais nous ne pourrons les avoir que demain matin, mais cette lettre est obligée de partir avant que je ne puisse vous lire. Je vous embrasse comme je vous aime. Ernest”

“A bord de la Cannonniere la Mitraille, Boca-tigri, riviere de Canton 13 Décembre 1857 (Aboard gunboat La Mitraille on Canton River, Boca-Tigris, the beginning of hostilities)

Mes biens bon amis, nous sommes aujourd’hui le 13 décembre, deux heures du matin, je suis de quart de minuit à quatre, et la guerre avec la Chine est déclarée depuis hier. Nous commençons les hostilités de suite.

Ce matin, l’escadre appareillera por remonter encore à 13 miles d’ici dans la direction de Canton. Demain les companies de débarquement des cannonières doivent prendre possession d’une ile vis-à-vis Canton, mais tout cela, tous ces projets sont choses qui variant, et le premier courier aura je crois quelque chose de sûr à raconter.

Je suppose l’armée Chinoise excessivement inférieure sus tous les points. Ils ont pour eux le nombre. Nous le courage, la carabine et la manière de s’en servir. De plus les anglais et les français donnent ensemble et l’annulation sera grande. Tu n’ignores pas que je dois débarquer, apres avoir commencé le combat a bord, je suis de ceux désignés pour combattre à terre. J’ai une tente fort gentile et, à Macao, j’ai pu me procurer les utensils principaux. Nous avons ordre du jour pour que rien ne retarde le débarquement. Tout mon petit bibelot est paré, mon sabre est affuté et mon revolver amorcé. Demain nous allons jouer à l’expédition D’Hannan qui est cette ile devant Canton. Nous emportons 3 jours de vivre et 60 cartouches. De retour à bord, je crois que nous commencerons sur Canton. L’Amiral a passé il y a 2 jours une demi-journée à bord pour une petite traversée, je me trouvais de quart. Quoique froid avec le commandant du bord, il à été tres gentil avec moi, causant beaucoup de nos installations à terre prochainement, s’intéressant aux moindres détails de ma petite tente, insistant sur les provisions que j’avais pu faire, et me conseillant sur ce que j’avais encore à faire. Enfin, esperons!

En cas de non reception de ma dernière lettre, je te dirai bonne mère que je délègue en ton nom 75 francs par mois, depuis le 1er septembre 57. Cet argent, tu ne pourras le toucher qu’à l’arrivee de l’annonce officielle de ma délégation. On ne récupère pas les papiers par la voie du courier, ce serait trop cher, on les envoie par les navires de commerce français qui font souvent de longue traversée et nouvelle arrivée en France, tu toucheras régulièrement (d’abord de grands arriérés) cette somme par mois. Sur ces 75 francs, tu sais que la moitié et a toi de droit, quant au reste, il est à ta disposition entière et j’aime à croire que tu ne te gêneras pas pour prendre. Ainsi, il est bien convenu que depuis le 1er septembre dernier, je toucherai ici 75 Francs en moins de solde par mois.

Ceci étant dument dit, je vous embrasse tous, à la file, comme je vous aime, et je recois avec Bonheur les baisers que vous me donneriez en ce moment si j’étais pres de vous. Soyez sur si vous ne recevez pas ma lettre quinzaine, après ce sont les communications qui ont manquées. Je vous embrasse encore comme je vous aime. Ernest.”

“Cannonière la Mitraille (Devant Canton) 25 Decembre 1857

Chère mère, je me porte encore fort bien, ne vous alarmez pas, nous sommes mouillés à 80 mètres des faubourgs de Canton et les Chinois ne nous dissent absolument rien. Nous devons ouvrir le feu dans la journée de dimanche, c’est-à-dire apres demain. Les compagnies de débarquement seront mises à terre, je crois le même jour, je voudrais pourtant bien assister au feu à bord et au feu à terre. Du reste, je crois que des deux côtés, nous n’éprouverons qu’une faible résistance. Si nous en éprouvant, je crois qu’ils sortiront simplement par une porte quand nous rentrerons par l’autre. Enfin! Advienne que pourra. Heureusement que j’ai toujours confiance en mon étoile.

La semaine dernière, nous sommes venus occupier l’ile D’Annam qui face à Canton dans la rivière et nous y avons campé deux fois 24h. Nous avons cru à une résistance, hormis que tout le monde a fui devant nous. Nous sommes descendus avec 400 anglais, l’amiral y eut aussi venu, avec sa canne et son revolver. Je commandais le 1er peloton, malheureusement tout cela n’a été qu’une promenade militaire à la suite de laquele nous avons occupé  un quartier de l’ile. Nous nous sommes etablis dans la demeure d’un grand négociant de thé, et nous avons laissé tous les Chinois déménager tranquillement. Du reste, nous affichons sur tous les murs de tous côtes les professions de fois (en chinois) marquant due l’habitant paisable dera respecter dans tout ce qui lui appartient. Après ces deux jours passés à terre, assez agrerablement, nous sommes rentrés à nos bords respectifs, laissant une garde pour conserver le magasin. 

Si les troupes Chinoises évacuent Canton, il serait possible que la guerre en restât là. Je crois pourtant qu’avant le retour en France, nous irons faire une tournée au Japon, puis en Cochinchine. Du reste, il vaut mieux voire tant que nous y sommes car ce sont des campagnes que l’on ne recommence pas volontiers chaque jour. Blomst, tu sais, mon petit anglais, doit débarquer aussi avec une brigade de matelots. Je crois que demain, je dois aller avec ma compagnie à bord de la Durance. C’est elle qui doit nous mener au lieu du débarquement.

Le 27, rien de nouveau, la santé est toujours bonne, je vous embrasse tous, Kabritt, Ado, Solou, enfin tous. Nous debarquons demain matin au point du jour, malheuresement ce courier part de suite. Je vous embrasse tous encore une fois de tout mon Coeur qui vous aime bien. Ernest (10 heures deu soir)”

“Canton le 13 Janvier, 1858 (Battle of Canton – High Commissioner Yeh of Canton taken prisoner)

(Je vous souhaite la bonne année)

Chère mère, je n’ai le temps que t’écrire quelques lignes et je m’empresse de te dire que je me porte à merveille. Sur ce mot, le décembre nous débarquâmes a 2 heures à Canton, nous avancâmes jusqu’à 600 mètres de la ville sans autre résistance que quelques tirailleurs qui furent vivement repoussés par les nôtres. Le 28 au soir nous bivouaquins dans une petite vallée a 600 mètres des murs, après avoir pris a la baionnette le petit fort. Leen – je passai cette nuit en grande garde sans être trop inquiété. A 4h du matin, on s’approche de la ville, l’artillerie anglaise et francaise avait rallié pendant la nuit, au jour on battit en brèche. A 9h, on donna le signal impatiemment attend de monter à l’assaut et à 9 ½, 5000 hommes des armées européenes occupaient le rampart de Canton Ce fût superbe !!!

Je montai à l’assaut par une échelle de bamboo à la tête de ma compagnie. Nous trouvâmes peu ou prou de résistance. On occupa alors les différents points culminants de la ville. L’artillerie nous servit à faire rendre les forts qui sont en haut de la ville. Le soir ces forts étaient rendus. On se mit a occuper une pagode chinoise avec 2 pelotons, j’eu le commandement car le chef du 2ème peloton était un aspirant de 1ère classe. En placant les sentinelles, nous eumes une gentile affaire ou avec 20 hommes, cet élève, moi et un lieutenant de vaisseau qui se  trouvait en ronde, nous avons fait fuir 80 ou 100 tigres (soldats chinois). Sur mes 20 hommes, 6 furent mis hors de combat et deux autres eurent leur vêtement troué. C’était joli. Sur 20 hommes, je ne sais comment aucun des 3 officiers ne fut blesse ! Nous avons été pris à 10 par deux. J’ai senti à la figure le chaud d’un coup de fusil tiré à cette distance, nous les avons enfoncés à la baionnette. Mon sabre n’est plus viegfre. Mieux vaut tuer que le diable ne nous tue.

Ce moment, les Chinois sont pris, les autres en déroute, le Vice-roi Hié est notre prisonnier avec quelques mandarins. Je couche dans la dune mai je mange bien, je bois bien et je me porte parfaitement bien. Rendons grâce à Dieu, encore. Nous occupons Canton qui est à ¾ detruit, les navires ont fait feu depuis la rivière depuis le 28, 6h du matin, jusqu’au 29, 9h du matin, moment où fut donné le signal de l’assaut. On a tiré sur la ville 13000 coups de canon et obus. Chaque coup portait sur une ville peu étendue et qui contient amoncelés, dans des plaines resserrées 1 500,000 hommes. Le dégât produit est quelque chose d’affreux.  Il y a 15 jours que je suis à terre. Nous avons des pertes imsignificantes comparées aux résultats obtenus. Nous les avons abrutis par notre audace, ils ont craint et se sont sauvés. La capture du Vice-roi Hié, est-ce la fin de la guerre de Chine? That is the question, comme dit le seigneur Hamlet dans Shakespeare. Blomst est à terre, il n’est pas blessé et se porte comme un charme. Son commandant à été tué (Captain Bell).

Je vous embrasse comme je vous aime, votre fils tout devoue. Ernest

Aussitôt la réception de cette lettre, écris un petit mot a tonton, je n’avais pas le temps, je pars en corvée, ils sont sans doute inquiets depuis ma dernière lettre.”

“Canton, le 26 Janvier 1858 (Occupying Canton – business returns)

… Chers et bons amis, mous sommes encores en garnison à Canton que nous occuperons encore longtemps. Quant a moi, je crois, même il est sûr que je vais rallier ma Vielle Mitraille avec mon détachement, il va en être ainsi pour tous les officiers des Cannonières. Nos boulets vont se diriger vers un autre point.

J’ignore si vous savez que dans les mers de Chine pendant 6 mois de l’année les vents soufflent du Nord-Est et pendant les 6 autres mois di Sud Ouest. Les vents réguliers s’appellent des moussons et la mousson de SO commence dans 6 semaines seulement. Donc dans 6 semaines nous partons pour le Nord.

Ces dernieres choses, qui sont pour maman, sont fort jolies mais je crois qu’elles s’abimeront d’ici la France. Si nous allons à Lian, nous aurons des oeufs d’elephants – tout ce qu’on achète en Chine, eventails, boites à thé, laque, ivoire, bois de Santal et crépons, tout cela coute des prix fous, et ce que l’on trouve chez les Chinois, ne peut servir aux Européens. En tout cas, en retournant en France, nous passeront à Bourbon et je n’oublierai ni le café, ni le manioc, ni la confiture qui sont si bonnes et que maman aime tant. J’ai de la place dans ma petite chamber à loger bien des choses.

Nous somes parfaitement tranquilles à Canton, nous gardons la ville, on a établi un gouvernement provisoire anglo-francias qui rend la justice dans la demeure (ex palais) du Vice-roi Hié qui est prisonnier. La confiance renait, les marchands commencent à revenir, le commerce à reprendre, ce sera un bon résultat, nous occupons Canton avec 1000 anglais et 400 francais, je suis très content de ne pas être de ces 400-là, j’aime bien mieux faire l’expédition du Nord at du Japon. Ce sera beaucoup plus curieux, on à établi des batteries qui couvrent la ville et on à fait des proclamations chinoises affichées a tous les coins de rues. Si un homme français ou anglais est touché par un chinois, la ville brulera immédiatement. Ilse n ont tâté un jour et n’ont point envie d’en gouter de nouveau. La Vielle Durance va faire une tournée à Manille. C … sont venus me voir au camp et je t’assure que j’ai donné moulte commissions pour des cigares qui sont delicieux, et ne coutent pas cher. Je te dirai que j’ai de jolis états de service, Baltique (1854), mer noire (1855 et 56) mer de Chine (1857, 58, …) et dans la ligne les combats se sont alignes, Bomarsund, Sebastopol, Kinburn, Canton blessures – rien – Puis-je continuer encore longtemps comme cela !

Adieu mes bons amis, je vous embrasse tous l’un apres l’autre. Comme je vous aime, votre fils et bien bon ami. Ernest.

Ne t’inquiète pas si les procvhains courriers ne t’apportent pas de lettre de moi, nous serons peut-être a la mer. Du reste, tu peux être convaincue, et tu l’es certainement, que quand il n’y a pas des lettres d’Ernest, c’est que c’est de toute impossiblité de vous écrire, pour que mes lettres profitent des courriers, j’ai souvent été obligé de faire de la prestidigitation. Je sais trop votre Bonheur à la réception d’une lettre de Chine, je le mesure à celui que j’éprouve quand vos bonnes lettres m’arrivent. Je cous embrasse tous. Adieu. Ernest”

“Canton, le 11 Février 1858 (In Canton – Opium)

(Il y avait 44 jours que j’étais absent du bord).

Chère Mère, le blocus de Canton est levé depuis hier, tout le monde accourt, les américains en tête,   pour exploiter les pauvres chinois. Depuis 2 jours, je suis rentré à bord avec mon détachement, j’ai demandé t j’espere obtenir la médaille lilitaire pour 2 hommes qui ont été blessés près de moi, lors de la petite affaire don’t je t’ai parlé et qui a eu lieu le jour de l’assaut. Ce n’est comme tu le sais qu’a la bainonette que nous avons pu nous en tirer, et ces 2 hommes ont été blessés légèrement c’est vrai, mais ils étaient en première ligne.

J’ai enfin retrouvé ma petite chamber de bord et mon petit lit que j’ai trouvé très bon. On ne laisse à Canton que 400 français et 2000 anglais, je suis heureux de ne pas y rester. J’aime bien mieux suivre l’escadre  dans le nord et visiter tout à tour, Ning-po, Shanghai, Tonkin et peut être Pekin mais je crois que les chinois réfléchiront avant de nous laisser pénétrer jusque-là. Je crois que dans un mois nous partiront pour ces contrées, qui ne sont cependent pas très éloignées. On ira aussi faire un traité au Japon, mais là on sera parfaitement accuelli. Puisque je suis venue n Chine, j’aime autant courir et voir que de rentrer inactive, c’est la première campagne de Chine que je fais, j’aime autant en profiter, car je t’assure que nous espérons que ce sera la dernière. On ne s’amuse quère dans ce pays-ci, si l’on n’avait pas la rare distraction de ce qui se passe en ce moment, c’est la premiere fois qu’un chrétien met le pied dans les murailles de Canton. Les Chinois ont pris confiance, les américains (marchands) arrivent en foule, et cet infame commerce d’opium va prendre avec une facilité effrayante. Il y a des gens ici qui gagnent des millions de piasters rien qu’en abrutissant les Chinois au moyen de l’opium, et pourtant on les considère comme de parfaits honnetes gens. Je crois que l’expedition du Tonkin, de Siam et de Cochinchine sera pour la mousson prochaine.

J’ai pour Adolphe une pipe à opium. Ce n’est pas quelque chose de rare c’est original, en ayant soin de la desinfecter on peut garder cela dans la chamber sans trop craindre les maux de tête.

La Cannonière la Mitraille n’as pas changé d’aspect depuis que je ne l’ai vue. Je crois descender sous peu la rivière pour aller à Macao. Je voudrais bien que tout cela fut fini et me retrouver pret de vous, j’en serais tres heureux et je crois que je ne serai pas le seul, quand ce beau jour arrivera, n’est-ce pas mon bon Kabritt, en attendant cet heureux jour, je vous embrasse tous comme je vous aime, votre meilleur ami, Ernest”

“Canton, Grande Pagode, 24 Février 1858

Chère Mère, j’ai encore quitté la Mitraille et je suis de nouveau à terre après un bien court séjour au bord de mon navire, je reste toujours embarqué sur la Mitraille, mais je suis détaché provisoirement au service à terre, j’en ai je crois pour un mois ou 6 semaines, mais je suis parfaitement bien installé. L’amiral nous a fait installer des chambres splendides au frais du gouvernement chinois, ou plutôt Cantonnais. Je suis logé dans une pagode à coté du quartier général anglais, j’ain un bon grand lit chinois (avec moustiquaire), des tables chinoises, des chaises chinoises, tout chinois, j’ai deux plans de jolies nattes sur tout le paquet de l’appartement, ce qui fait le Bonheur de fox, qui ne sachant quell coin choisir se roule partout, il est aux anges et moi je suis très content.

L’expedition du Nord est un peu retardée, nous ne partons pas de suite, je me demande pas mieux que de rester à terre, je touche neuf franc par jour comme frais de vacation au lieu de 3 francs de traitement de table à bord. Il est vrai que les dépenses sont un peu plus fortes, mais je pourrai j’espère en mettre un peu de côté. Ceci est indépendent et en sus de ma paie qui est de 150 francs par mois comme tu le sais (moins cependant la déégation qui est de 75 francs). La delegation continuant à avoir son cours, je toucherai donc quand même 11,5 francs par jour, ce qui fait donc en poche 345,5 francs par mois. Je désire donc rester à terre jusqu’au départ de l’escadre pour le nord. Alors je reprendrai mon métier de marin pour la traversée, et à la première expédition je reprends mes guêtres et ma tente.  Je crois que nous rentrerons donc dans toutes les villes chinoises aussi facilement que nous sommes entres dans Canton, ce sera très amusant. Quel joli album je crois avoir mon bon Cabritt! Il commencera à être déjà bien que serait-il donc quand il reviendra de Pékin et du Japon. Je travaille un peu dans ma chamber chinoises, on s’y trouve si bien qu’on y reste volontiers. Je n’ai ici pour tout service que de monte rune garde tous les huit ou dix jours, faire 2 ou 3 patrouilles (à cheval). Bien manger et dormir.

J’ai derrière ma pagode, une grande prairie ou tous les matins je vais cueillir des violettes avant dejèuner, je les ai la dans un joli vase de chine (gouvernement), pour les conserver fraîches en les renouvelant souvent, je t’en envoie une comme échantillon.

J’ai dine hier a la table amirale, l’amiral demeure à l’ancien palais du vice-roi Yé, il y est joliment bien! Nous avons fume des cigars et pris le café dans un kiosque au milieu d’un petit parc habité par les biches et de charmants … apprivoisés pourvu qu’il m’en fasse gouter.

L’amiral parait parfaitement disposé à mon égard. Il y aura dans deux jours, deux mois que nous occupons la ville de Canton. Le temps pass evite et j’en suis fort heureux, car cela me rapproche de tout. Il y a 6 semaines que les propositions de grade ou de croix ont été envoyées en France par l’amiral. Suis-je dessus, vous le savez peut-etre et moi, j’ai encore 6 semaines deux mois à attendre. J’ai recu par le dernier courier une bonne lettre de mon oncle Bideaux et de Charles, elle m’a fait bien Plaisir, je leur écrirai par le prochain courier une lettre date de Canton (intramuros) et je suis sûr que mon oncle sera très content. On vend de fort jolies choses a Canton mais ells sont bien cheres, attendons que nous ayons paye nos dettes, ou plutot n’achetons rien, l’argent sera plus utile en France (si nous en avons, ne formons pas trop de châteaux en Espagne).”

“Canton, le 11 Mars 1858 (this letter to his brother) (Appointed Commissioner of Police in Canton)

Mon Cher Adolphe, tu as aujourd’hui 24 ans et si loin que je sois, je t’embrasse de tout Coeur et te souhaite une bien bonne année. Rien de nouveau mon bon ami depuis ma dernière lettre. Je suis toujours troupier et je crois encore pour quelque temps, je n’en suis pas fâché car depuis ma dernière lettre, tu à du voir que je me trouvais dans une position confortable en pays conquis. Je pense souvent à toi, mon bien bon frere, et je t’amasse quelques petites choses pas cheres qui te feront plasir je l’espère.  J’ai quelques armes chinoises qui n’ont rien de remarquable, sinon j’ai des arcs et des flèches qui peuvent avoir leur prix. Tu sais que nous sommes convenus que tu dois te contenter de ces milles choses qui comptent peu, mon pauvre cher frère, je voudrais bien pouvoir t’en rapporter d’autres qui seraient plus jolies mais cela coute bien cher et je dois employer mon argent à d’autres choses qu’à ces bagatelles. Je comprends qu’un bonnet de mandarin à bouton vert avec plume de paon te fera Plaisir, j’en ai un que je conserve pour toi. Nous avons eu dernièrement une ceremonie ou nous avons reconnu Pi-Kwé gouverneur des deux provinces du sud. Il y avait là des personnages que j’eus depouillées volontiers rien que pour t’apporter leurs robes qui étaient superbes.

J’ai ete sur le point dernierement d’etre nomme a la police, j’eus beaucoup aimé cela, nous avons des matelots qui sont nommés sergents de ville et qui en remplissent ces fonctions dans ce canton … de même des Anglais. J’eus été nommé chef de ces matelots francais et commissaire de police. Malheureusement c’est un de mes camarades qui a gobé cela. C’est une position assez lucrative ou l’on a à soi tout seul deux poneys et ou l’on touche par an 300 livres sterlings du gouvernemnt, c’est-à-dire 7500 francs en sus de tout ce que j’ai ici, tu penses si j’eus été content de cette position. Tu saisis que nous faisons ici de tous les métiers quoiqu’officier de marine mais à ce taux-là, on est volontiers commissaire de police. Cela ferait net par an 12540 francs. Enfin mon bon ami, malgréla délègation, j’espere bien mettre quelqu’argent de côté car avec mon supplement de 9 francs par jour, je touche ici 4140 francs. Cet argent, si je peux en economizer, jet e l’addresserai par des traits sur des moutons de commerce, c’est la manière employée par tous ici, mais ne formons pas trop de châteaux en Espagne. Je passe mes moments de loisirs à cultiver un petit jardin, à dessiner et à faire un peu d’aquarelles et à apprendre l’anglais et la musique. Embrasse bien maman et papa pour moi, je suis chef de gamelle ce soir, nous avons un bon gâteau, je vous fêterai tout bas. Adieu Cher frere, je t’embrasse de tout mon Coeur Ton bon frère. J’écris à Lolou. Ernest.”

“Camp de Canton, le 11 Mars, 1858 (Letter to his mother)

D’abord j’embrasse mille fois Adolphe pour ses 24 ans echus aujourd’hui puis je prends mon air grave car j’ai des choses sérieuses que j’ai a parlé.

Chère mère tu trouveras ci-inclus un etat de delegation de 75 francs par mois, cet etat tu n’as qu’a l’envoyer a tonton Foret qui te debrouillera parfaitement cette affaire et te mettra à même de toucher ce qui t’es du pour l’année courante, pour l’année dernière car tu sais je délègue depuis le 1er Septembre 1857 c’est une tout autre affaire, écoute-moi bien.

Lorsque la Mitraille aura rejointe l’escadre partie pour le Nord, je t’enverai par le courier une procuration pour toucher mon décompte de 1857, mais cette procuration ne pourra servir que lorsque les feuilles de journée parties pour la France dernièrement y seront arrivées et que le rôle d’equipage aura été décompté, tu pourras mettre cette affaire-là dans le mains de mon oncle lors de l’arrivee de la procuration, il sera d’indiquer tout ce que tu auras à faire, voilà donc bonne mère, nos, petites affaires reglées. Je fais cette dèlégation en ton nom pour que tu puisses toucher aussitôt le terme arrivé. Si j’avais delegue au nom d’Adolphe, il y aurait eu beaucoup de retard car il eut été obligé d’attendre l’arrivée des feuilles de journée que ne peuvent etre envoyées en France que par des bâtiments français, occasion très rare en Chine. Aussitôt l’arrivée de cet état de dèlégation, tu continueras de toucher mensuellement ou trimestrellement (je ne sais trop) sans qu’au ministère on s’inquiete de la Mitraille ou de moi, et cela jusqu’à mon arrivé en France. Ceci est un cas particulier subsistant pour les père et mère seulement. J’ai donc cru agir pour le mieux en agissant ainsi., quoique cela te cause un peu d’embarras, chère mère, je suis sûr que tu es de mon avis. Sur ce je vous embrasse bien tous deux et quitte mon air grave qui ne me va pas du tout.

D’abord j’ai un gros chagrin causé par la maladie de P’ti gris. Depuis trois jours il est couche sans sortir de l’ècurie et ne veut plus rien manger du tout. Je vais le voir souvent, le docteur hèsite pour un lavement car je suis sur qu’il ne prendra pas le purgatif, qu’en penses-tu?  Ce pauvre P’yi gris est une bonne bête, bien douce et qui n’a pas le trait dur. D’abord il est petit comme l’indique son nom, ensuite il est gris, nous sommes tres bon ami, et puis il est au mieux avec fox et Philippe, c’est le dernier qui m’a appris la maladie en me disant: “Tigri, non mangé, pas bon”.  J’espère cependant qu’avant peu il ira bien et nous recommoncerons nos promenades.

Pour avoir un cheval ici, ce n’est pas difficile. On va chez un mandarin, on prend dans l’écurie le cheval qu’on veut et on lui donne un billet indiquant que c’est à nous Bideaux qu’il a eu l’honneur de donner son cheval.  Tu vois qu’en cas de deces, P’ti gris ne tardera pas a avoir un remplacant, je vois même déjà… mais n’avons pas de mauvaises pensées et esperons pour P’ti gris. Fox se porte bien et me charge de vous dire bien des choses.

Adieu mon bon Cabritt, je t’aime et je t’embrasse de tout mon Coeur, et travaille durement à remplir ton album. Ton bien ami, je vous embrace tous de tout Coeur. Ernest.

J’écris àTonton Foret pour la délègation.”

“Camp de Canton, le 23 Mars, 1858

Chère mère, quoi que ce ne soit encore le jour du courier, je viens causer avec vous. Quand donc pourrais-je le faire sans l’intermédiaire du papier? Ce sera un beau jour pour vous que celui-là, lorsque sain et sauf apres avoir fait la guerre en Chine, en Cochinchine, au Japon, jarriverai pres de vous après avoir parcouru 15000 lieux depuis notre dernière entrevue. Les lieux marines sont grandes, j’aurais fait en longeur le chemin bien des fois le tour du globe.

Nous avons appris par le dernier courier et moi par ta bpnne lettre l’attentat commis contre l’Empereur. Il y a eu ici une messe d’actions de grâces qui a été bien jolie, sur les hauteurs de Canton, la pierre sainte fut placée sur les débris paiens d’une pagode Chinoise. Toutes les troupes sous les armes, ce fut bien beau a l’elevation de voix d’incliner tous les fronts, toutes les trompettes, tous les clairons et tambours sonnerant aux chants, puis quand le prêtre entoura le …. Une fusée partit du quartier général, alors le batteries françaises et anglaises environnantes commencèrent leur salut. Le canon des navires de la rade y répondit aussitot en même temps que toutes les musiques jouant le partance pour la Syrie. L’officier termina puis il se fit un gros silence, on cria “Vive L’empereur” et un immense hourrah parcourut toutes les lignes Anglaises. Ces coups de canon, ces cris, le chant sacré et le chant national formaient un de ces tableaux qui font battre le Coeur, surtout à 6000 lieux de tout pays où les coeurs ne demandent qu’à battre.

L’amiral rentrait le soir de cette ceremonie et Lafon le conduisit à Hong Kong sur l’Avalanche. Presque tous les navires sont à Hong Kong, en partance pour Shanghai, la Mitraille est toujours ici, et moi à terre, jusqu’à l’arrivée du Catinat que j’attends dans l’impatience.

J’ai pour domestique supplementaire un très gentil petit chinois qui est catholique et qui a ete baptisé par un des nos missionaires sous le nom de Philipe. Le gouvernement me passe 30 francs pare mois plus la ration pour le domestique. Quand il m’est arrivé, il n’e’tait pas bien propre, je lui ai donné deux piastres et il est arrivé alors bien rasé, avec la queue bien tressée et un bon rechange de vêtements. Très gentil, il me suit toujours comme mon ombre. Le soir, il porte ma lanterne. Dans la journée mon parasol chinois. Il couche près de ma chambre. Tous les soirs et tous les matins, il fait sa prière. Il dit le signe de la croix en francais écorché, il le termine par “Amen” et ne peut pas dire “Ainsi soit-il”.  Quant à ses prieres, il les dit en chinois, autant que j’ai pu le comprendre par des signes et des gestes. Il sait le “Credo” et le “Pator” mais il ignore le “Confiteor” qui est remarquable par les 3 mea Culpa et le signe de la croix qui le termine. Il sait quelques mots de religion en français, par example, je lui ai dit que mon petit livre de messe doré sur tranches que tu connais, était l’évangile. Depuis, il lui a donne au milieu de mes bouquins la place d’honneur et l’époussette de prèférence. Somme toute c’est un bon petit garcon, très doux et porté de bonne volonté …. frère, àfo, baptisé sous le nom de Léon. Le mien a por nom chinois Yôpô, mais lis tiennent à être appelés par leurs noms chretiens. Léon est le plus jeune. Je ne sais pas au juste leurs àges. Dans ce moment, Philippe me voyant écrire avec mes bottes, tient absolument a ce que je mette mes pantoufles et cette robe de chambre chinoise que j’ai pillée le jour de la prise, il est la qui tient tout cela sous le bras, c’est mon costume d’interieur, il ne sait pas pourquoi je dérogerais a mes habitudes, il insiste … ma foi, laissons-le faire, je l’ai formé à mon petit train-train, il ne faut pas refuser car demain il ne l’apporterait peut-être pas.

Me voici tout à mon aise, Philippe s’est vivement emparé de mes bottes et jouit dans ce moment de me les décrotter. Tu sais que je suis toujours un peu gourmand j’ai toujours ici soit des fruits confits, soit des confitures, soit du cucre canne qui est delicieux ici. Philippe l’aime beaucoup, quand j’en mange, il me regarde, je sais ce que ca veut dire, je lui en donne dans sa main et il est heureux pour tout un jour, il ne sera bien sûr pas malheureux avec moi.

Dans ta derniere lettre, tu parles de nid d’hirondelles et d’huile de Paluco Christi. Voici ce que j’en sais, les hirondelles de chine sont une espèce particulière, leur nid construit de branchages, se consolide d’une certaine gomme qui sort de leur bec et non d’autre part, c’est en mastiquant une certaine plante qu’elles font le résidu qui relient ensemble toutes les pailles et branches du nid. De plus, en separé des branchages ells font une couche assez épaisse de cette matiere Presque transparente et qui a l’air de gomme, et c’est en dedans de cette couche qu’elles déposent leurs oeufs et le reste. Lorsque les chinois prennent un did d’hirondelles, ils le dépouillent de son envelope de paille et de la couche que laisse l’oiseau dans l’interieur, ne gardant que cette matiere gommeuse intermédiaire qui conserve une forme hemispherique, ils accomodent cela avec un tas d’autres saletés et trouvent le tout delicieux. Je n’en ai jamais voulu manger. Le commandant Thoyon (de la Durance) m’a assuré que le gout en etait des plus fin et des plus exquis. Quant a l’huile de ricin, elle est ici d’entrée bas prix. On assure que beaucoup de chinois s’en servent comme moyen de friture, mais ils emploient généralement une huile qu’ils tirent d’une espèce de haricot dont j’ai oublie le nom, mais qui existe en Europe. Du reste on peut comprendre l’usage de l’huile de ricin chez ces gens quand on voit l’abus immodéré qu’ils font de l’opium sans mort immédiate. Un fumeur d’opium vit generalement dix ans, au bout de deux ans, ce n’est plus un homme, c’est une brute inamovible qui absorbe son opium de quoi tuer quatre escadrons. Il n’y a que deux choses que les chinois font bien, c’est le thé et le riz. Quand je les vois manger leur riz et leur poisson avec leurs deux petits batons, je m’arrête quelque fois et souvent j’ai envie, leur riz est si blanc, si bien cuit, sans eau. Chaque grain bien détaché de ses raisins. Quand nous mangeons du Carri ou Kary, nous faisons toujours cuire le riz par nos chinois, et il est délicieux.

Le 28 mars, chere mere, on va ramasser les lettres, il n’y a rien ici de nouveau pour moi. L’amiral est je crois parti il y a 2 jours de Hong Kong pour le nord de la Chine. Tu sais que la Mitraille ira le rejoindre qu’a l’arrivée a Canton. J’attends tout cela avec impatience. Lafont doit etre aussi en mer, il était bien avant le depart. Adrien, mon bon pere, je t’embrasse et t’aime de tout Coeur. Un bon petit baiser. Ernest.”

“Camp de Canton, 18, 19, 20 and 21 Avril, 1858 (In Canton, departure aboard Mitraille, Hong Kong)

Chère mère, Le Catinat est arrivé de Bombay et demain probablement j’embarque sur la Mitraille. Dans 8 jours nous aurons pris la mer. Ca me paraitra bien drôle, Chère mère. Sais-tu que je me suis bien ennuyé, non de reprendre la mer, mais le courier de France n’est pas arrivé. On dit qu’il est arrêté a Calcutta, et qu’il ne vous viendra que dans une quinzaine,  j’attendrais bien en me mordant les pouces jusque-là mais c’est qu’à cette époque je serais en pleine mer bourricot, le dos à mes pauvres lettres que j’aime tant. Vois-tu ma pauvre position et ce qu’elle a de désespérant.

Maintenant autre chose, je crois que dans le nord de la Chine, nous n’aurons qu’un courier par mois tout au plus. Continue quand même de m’écrire car tes lettres pourront venir de Hong Kong par des occasions de navires de guerre, quant à moi, je me vengerai de ce seul courier en t’envoyant de longues lettres, bien longues. Ah! Mon pauvre Cabritt au bout d’un mois la lettre sera bien usée dans ta poche, mais le remplaçant n’en sera que mieux reçu.

Demain je quitte donc Philippe, P’ti-gris qui commencait à se bien porter mais j’emmène Fox. Hier j’ai annoncé mon départ à Philippe qui s’est mis à pleurer comme un pauv’ ti diable. Il veut partir avec moi, mais cela est impossible. Je lui ai acheté une petite provision de linge, et luis est garni un peu la petite bourse. Il ne voulait rien prendre. Il ne sera pas encore très malheureux, car je le laisse à un de mes camarades qui le connait et l’aime beaucoup, et me l’avait demandé despuis longtemps. Pauv’ ti bougre, il est là qui fait mes malles et pleure toujours.

Il y a bientôt quatre mois que jes suis à Canton. J’étais habitué à monter des gardes, faire des patrouilles. Au lieu de cela je vrais reprendre les quarts à courir. Au lieu des Chinois, je veillerai les grains. Cela a son charme aussi. Ce métier de marin est un métier plus intelligent qui donne plus de champ à la pensée et à la volonté. Les emotions d’une fusillade et celles d’un coup de vent ont quelques points de ressemblance. Nous quittons l’une, nous allons retrouver l’autre, pour tirailler encore dans le Nord. Quel drôle de vie pourtant!  

Hong Kong, à bord de la Mitraille, 11 h du soir le 19 avril. Je reprends ma lettre commencée, ce qui etait prévu est arrivé. Je suis parti de Canton hier dans la journée et arrivé aujourd’hui à Hong Kong. Nous restons ici 4 ou 5 jours puis nous partons pour Shanghai et le Pé-tchili. Ce soir, aucun de … ne voulait descendre et j’ai été me promener tout seul, je t’ai sans doute déjà parlé de cette ville, elle est presque totalement Européene, habitée par des negociants anglais. Je suis dirige vers la promenade ou j’ai entendu des airs d’opéra joués médiocrement par la musique anglaise, puis la lune m’y invitant, je me suis égaré au milieu des arbres et là j’ai fait mille et un detours en pensant a vous. Combien j’aurai donne pour causer avec vous au lieu de causer tout seul. Néanmoins ma promenade à été longue et j’ai causé ainsi longtemps. J’ai pensé surtout nain jaune (French game), quand nous dérangions tout le jeu de papa pour savoir s’il avait nain jaune, puis le tric trac de Mr Boudeloie et les gâteaux de Mlle Vincente.

A 10 heure, la Yole vient me prendre sur le quai, il n’y avait pas de bruit, la mer était plate et phosphorescente. La lune montrait des cornes et allait se coucher, les hommes nageaient en cadence, moi je gouvernais et enveloppé de ma criméenne, je fumais un bon cigare qui dura jusqu’à bord. Lorsque le canot fut a portée de voix le fonctionnaire de Dunelle il héla. Oh ! Du canot ! Le patron répondit “A bord officiers”. Immédiatement l’echelle de Commandement s’illumina de 4 faisceaux, 2 en bas, 2 en haut. J’accoste et je monte, on me siffle en passant sur le bord. Je serrai la main de l’officier de quart, j’ai causé quelques instants avec lui et me voila content de ma petite promenade que je compte renouveler souvent pendant mon séjour à Hong Kong. Je vais me coucher. Je vous embrasse tous, bonne nuit!

Les fonctionnaires viennent de crier, Bon Quart! Il est onze heures et demi.

Le 20. A propos, tu sais, bonne mère, le baril de xérès don’t je t’ai parle quand j’étais à Cadine. Eh ! bien il n’y a plus ! c;est fini ! Il avait déjà parcouru bien de terrain, mais a Canton j’ai pensé qu’au camp, cela pouvait faire bien, je l’ai mis en bouteilles, il était délicieux. Pris à jeun ou autrement, je t’assure qu’il était fort agréable. Je suis revenue a bord avec 5 bouteilles seulement, desquelles il reste 2 et c’est bien bon un verre de vin d’Espagne au milieu d’un quart vers 2 heures du matin dans une nuit d’orage. Enfin, tu me pardonnes, je suis sûr en pensant a tout le bien que cela peut m’avoir fait.

Le 21. Le courier va partir, je vous embrasse tous de tout Coeur. Dans 2 jours nous prenons la mer, ainsi ne t’étonne pas si dans les prochains courriers il y a du retard. Seulement, sois convaincue que je ne laisserai jamais passer une occasion de vous envoyer de mes Nouvelles. Je vous embrasse tous de tout mon coeur et je me souhaite en votre nom, bon votage et bonne santé.

Votre fils, frere et meilleur ami, Ernest.”

“A bord de la Mitraille 9 mai 1858 (Shanghai – Aboard gunboat La Mitraille to Pé-Tchili, Bideaux was killed during the capture of the Peiho Forts, aboard La Mitraille. Decapitated by a Chinese cannonball.)

Nous voilà arrivé à Shanghai après une traversée de 11 jours pendant lesquels mes 23 ans ont sonné. Comme nous sommes vieux. Nous ne restons ici que 24 heures pour rallier le Pé-Tchili, il nous faut dépêcher pour arriver a la grande marée, s’il e nest ainsi, si les vients nous sont favorable, dans 8 jours, nous serons à 20 lieux de Pékin. Tu as vu sans doute dans les journaux la promotion pour Canton, je n’en fais pas parti mais je ne désespère pas, je ne me chagrine jamais et fais toujours ce que je dois, Advienne que pourra!

Il y a bien longtemps, chere mere, que je n’ai eu de tes lettres, mais je ne reproche rien, je sais que tu écris, ce sont les lettres qui n’arrivent pas vite. Toutes les lettres ont été envoyées au Pé-Tchili, ce sera là dans 8 jours, j’espère que je lirai tout cela, je serai bien content.

Shanghai parait une ville assez jolie dans les quartiers européens mais atroce chez les Chinois. Je suis alle me promener a terre tout à l’heure, mais je ne pourrai t’en parler car je posterai cette lettre au Consulat pour qu’elle t’arrive par la première occasion.

Je suppose qu’à Pekin, les affaires s’arrangeront avec le ciel des accommodements, les canonnières peuvent … remonter la rivière, toute la gloire de l’affaire nous serait alors entièrement reservée! Enfin nous verrons, ne demandons rien, ni plaies ni brosses, laissons faire les choses et exécutons les ordres. Après la Chine, il y aura encore celle de Cochinchine où nous joindrons nos forces a celles espagnoles de Manille, pour cela je crois qu’il ne faudra pas beaucoup de temps, et alors peut-etre nous renverrat-on en France, courbe sous le poids de nos lauriers.

Quant à moi, je me porte toujours bien et j’espere que ce bien durera encore longtemps, puisse t-il en être ainsi et pendant longtemps parmi nous. Mon bon Cabritt, je t’aime bien va! Je t’embrasse de tout mon Coeur ainsi que maman et Adolphe, je vous quitte car je dois aller faire un tour a terre. Si vous le permettez, Adieu encore. Ernest Shanghai, le 9 mai.”

“A bord de l’Avalanche, Tourane (Vietnam) 7 Aout, 1858, Jules Lafont. (Written by Jules Lafont, (1825-1908) captain of the Avalanche, future French Colonial Governor of Vietnam, to Bideaux’s mother, concerning the death of her son, Ernest).

Madame,

Votre lettre du 8 aout ne m’est parvenue qu’il y a quelques jours et je m’empresse de profiter de la première occasion pour y répondre. Je veux vous dire d’abord combine j’ai été affligé par le malheur qui vous a frappé. Je ne connaissais Ernest que depuis peu de temps mais je lui étais déjà attaché par toutes les bonnes qualites qu’il montrait chaque jour.  Bon, dévoué, affable avec toutle monde, il etait ainsi et aime de chacun. La mort a été un vrai deuil de famille dans le décés…

Le pauvre a été touché par une bombe qui lui a enlevé une partie de la mâchoire et du cou. Je ne doute pas qu’il ait eu assez de temps de connaissance pour appeler Dieu à lui. Du reste, j’ai l’intime conviction qu’il n’a pas été au feu sans recommender son âme à Dieu. Peu de gens la marine négligent de se mettre aux mains de leur créateur au moment du danger.

Nous l’avons enseveli dans ses habillements de combat et il a été enterré avec toutes les cérémonies de la religion. L’aumonier de … l’accompagna jusqu’à sa tombe le lendemain …. Après il y a eu un service pour le repos des âmes de ceux qui étaient tombés glorieusement en défendant le pavilion de leurs pays. Je me suis occupe de faire ramasser toutes les affaires qui lui appartenaient mais deja le commandant de la Mitraille s’en occupait le soir. … déposée à bord de la Durance qui doit partir prochaincement en France.

Quand elle partira, j’aurai l’honneur de vous faire du port de l’arrivé de ce bâtiment et des demarches à fiare pour avoir ce qui appartient à votre pauvre enfant. Il n’avait aucune dette ici, il y a une petite somme de 250 Francs environ renfermée dans la caisse.

Permettez-moi, Madame, de vous de … que vous voulez bien m’adresser dans votre lettre.

J’aimais beaucoup votre fils et je savaiscombien il etait bon pour nous. Dieu doit certainement l’avoir pris en grâce et … de récompenser les enfants respectueux…

Daignez agréer, Madame, l’assurance de mes sentiments respectueux.

De votre devoue serviteur… Lafont”

“Baie de Tourane, Mitraille, le 8 aout 1858 (Aborad gunboat La Mitraille, Tourane, Vietnam, written by the captain of La Mitraille, to Bideaux’s mother, about the death of her son, highly laudatory praise of her son as an officer and as a man)

Madame,

Votre fils etait de tous les officiers qui ont passés sur la Mitraille celui que j’estimais et aiamis le plus, le meilleur comme officier, le meilleur comme homme. C’etait lui que j’aurais porte en premiere ligne pour des recompenses si la mort n’etait venue si cruellement le frapper. Je n’ai pu hélas! lui porter aucun soin. Il était pret de moi sur la dinette, le boulet qui l’a attaint, aurait dû me frapper d’abord; j’avcais la tete baisée pour donner un ordre par le portevoix. Sans ce hazard j’aurais été frappé, sans le sauveur! Il est tombé sans souffrance et sans parole comme foudroyé. La tête était presque détachée, aucun secours n’était possible. C’est dans nos idées la plus belle des morts et pour ceux qui sont chrétiens, comme votre fils l’était, la plus agréeable a Dieu. Grave, sérieux, au-dessus de son âge, n’ayant aucun défaut, aucune de faiblesses que le monde regarde comme excusables, sa vie était sainte. Il n’avait rien à se faire pardoner en entrant dans un nouveau monde.

Ce n’est pas le 1er coup qui l’a attaint. Depuis quelque temps le navire se trouvait au milieu d’une grêle véritable de balles et de boulets. En faisant son devoir, il n’est personne atant des sentiments religieux qui au milieu de tant d’instruments de mort ne songe à une fin prochaine et ne trouva le temps de porter des regards vers une vie future et ne paya ce qu’on nomme dans la religion catholique … le foi de contrition. C’est le baptême ou la confession du sang.

Le lendemain deux cercueils recevaient la bénédiction de l’Eglise, le prête, les officiers, l’équipage les escortaient à terre, deux coups de canons donnaient le triste signal de départ. A terre toutes les troupes étaient sous les armes à les attendre. Deux fosses creusées au pied des forts les recevaient après l’accomplissement de tous les honneurs religieux et militaires. C’est là qu’il repose pres de monsieur Froussart, le commis d’administration de bord, son meilleur ami, attaint comme lui dans la même journée par un autre boulet.

Son album, ses lettres, tous ses papiers qu’il possédait a bord ont été soigneusement renfermés dans des caisses et envoyées au bord de la Durance don’t on annoncait le retour en France. Des decisions nouvelles ont retardés le depart de ce navire, si un autre devait quitter la station avant lui pour la France, je ferais mon possible pour les y faire réservées.

J’ai dû céder à vos désirs, Madame, en vous donnant ces tristes détails, ce que je n’avais pas fait dans la crainte de trop briser votre Coeur.

Veuillez agréer, Madame, mes hommages respectueux de votre dévoué serviteur…”